Et si nous apprenions à voir un peu plus la "fraîche beauté du monde" ?
Comme tout bon libraire qui se respecte, je dois faire face à des douleurs dorsales chroniques. Pour les atténuer mon kiné me conseille de faire quotidiennement (!) des exercices de musculation. Régulièrement (!) je me retrouve donc allongée sur mon tapis de gym juste en dessous du velux de ma chambre, prête au combat. Et là j'avoue (je peux le dire sans crainte, mon kiné ne lisant pas mon blog), que souvent mon attention dérive et que je me retrouve simplement allongée là, en train de regarder les nuages passer derrière la vitre. C'est fascinant un nuage. Fascinant et apaisant. C'est mon moment à moi, mon moment de beauté "non fabriquée". Ces nuages sont pour moi la "fraîche beauté du monde" selon la si jolie expression de Matisse...
J'ai découvert cette phrase du peintre en lisant le livre magnifique de Richard Texier, Nager. Ce livre est un concentré de beauté et de poésie. Richard Texier n'est pas vraiment connu du grand public (en tout cas pas de moi avant cette lecture), mais c'est un "peintre - sculpteur", talentueux et original, connu mondialement. Grâce à cet outil merveilleux qu'est le net, en quelques clics vous aurez vite fait de le découvrir..
Avec Nager, il nous livre les moments forts de son "apprentissage de la beauté", son "socle artistique" en quelque sorte. Notamment, il y a des passages merveilleux sur son enfance dans les marais Charantais. Dans cet endroit ô combien magique pour un petit garçon, il s'est éveillé à la beauté de la nature. Un accident banal; un bidon de lait qui tombe à l'eau et le lait qui se transforme alors en " petite Voie lactée" autour du bateau, lui fait prendre conscience qu'il peut modifier sa perception du réel... D'autres souvenirs, d'autres sensations jamais oubliées ressurgissent aussi au cours de ce récit. Richard Texier nous livre avec générosité, poésie, talent et humilité sa vision de la beauté.
J'adore les livres qui nous invitent à la rêverie. Ils ouvrent toutes sortes d'horizons. A nous de choisir la direction... Quelques passages sur l'art sont un peu ardus (en tout cas pour quelqu'un comme moi qui se contente de "percevoir" de manière brute et qui fuit toute tentative de conceptualisation), mais certaines pages sont tellement belles et tellement généreuses en joie et en amour de la vie, que ce livre en devient rare et (ô combien !) utile.
Je finirais ce "petit papier" en revenant à mes "chers nuages", avec le poème l'étranger de Baudelaire, chanté par Léo, immortel interprète des plus grands poètes !
Léo Ferré - l'étranger (en public)









Menegoz nous plonge dans la Transylvanie de 1833 et tel un Dumas au meilleur de sa forme, il y multiplie les aventures et autres rebondissements. Impossible de lâcher ce roman avant la fin !
La littérature peut être parfois un redoutable miroir déformant... Ainsi, prenons cet inoffensif roman (du moins la couverture très à l'anglo-saxonne pourrait le laisser penser) publié par les éditions Le Tripode : La vie rêvée de Rachel Waring... Ce livre touche et interpelle tant son histoire pourrait être notre histoire (ou celle d'une/un proche).
Née à Berlin en 1917, elle grandit dans une famille juive plutôt aisée. Hélas, la famille du côté maternel côtoie la folie depuis plusieurs générations et le suicide de la maman de Charlotte n'est que la suite de nombreuses autres morts tragiques. Son père, un médecin brillant, se remarie quelques années plus tard avec une cantatrice célèbre. La petite Charlotte a un don pour le dessin et réussit par miracle (et malgré des lois raciales de plus en plus sévères) à intégrer les beaux-arts de Berlin.
J'ai été très touchée par ce livre. Il est vrai que le mélange fiction/réalité est toujours délicat, voire dérangeant. A-t-on le droit de s'approprier ainsi une personne, de la faire revivre avec nos propres sentiments, notre "double" devenant alors presque plus réel que "l'original" même ? La question reste ouverte mais, en attendant, grâce à ce livre, j'ai eu envie de connaître un peu plus la peinture de Charlotte Salomon et, pour une artiste, perdurer après sa mort à travers son oeuvre n'est-ce pas là l'essentiel ?